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Affichage des articles du 2017

L'Hydre extrait du chapitre 2: le tyran

LES DÉCHETS DE LA SOCIÉTÉ
« La populace est avant tout un groupe où se retrouvent les résidus de toutes les classes. C'est ce qui rend facile la confusion avec le peuple qui, lui aussi, comprend toutes les couches de la société. Mais tandis que le peuple, dans les grandes révolutions, se bat pour une représentation véritable, la populace acclame toujours « l'homme fort », le « grand chef ». Car la populace hait la société, dont elle est exclue, et le Parlement, où elle n'est pas représentée. Ainsi les plébiscites, où les chefs modernes de la populace ont obtenu de si remarquables résultats, sont-ils une vieille idée des hommes politiques qui comptent sur la populace. » - (Les origines du totalitarisme, Hannah Arendt, l'antisémitisme, l'affaire Dreyfuss, p. 349-350).
Dans l'histoire du totalitarisme étudié par Arendt, il y a deux éléments forts de la populace qui mettent en scène la logique du chef; tout d'abord, les tyrans et tyranneaux de la populace sont to…

L'Hydre, préface

« Mais lorsque Zarathoustra fut seul, ainsi dit à son coeur : "Serait-ce chose possible? Ce saint vieillard, en sa forêt, encore n'a pas ouï dire que Dieu est mort! » - Ainsi parlait Zarathoustre, Friedrich Nietzsche
Dieu est mort! Ces mots si durs aux oreilles de l'homme résonnent à travers le temps, parcourent les distances les plus lointaines et inimaginables à nos ancêtres en quelques fractions de seconde, et ne cessent d'être niés au profit de mythes et légendes toujours plus invraisemblables les unes que les autres. Dieu est mort et c'est l'homme qui l'a tué nous martèle le prophète Zarathoustra. Malgré tout, l'histoire est incomplète. L'Odyssée qui aura provoquée cette mort annoncée n'aura jamais été écrite. Elle n'est pas terminée. Elle ne le sera sans doute jamais. Dieu est mort, et ce, pour de bon, mais le nihilisme ne peut combler le vide qui s'est insinué dans le monde de l'homme. Il est ce vide tout en étant incapable …

Le trésor révolutionnaire d'Hannah Arendt

« Plus on l'écoutait, plus on se rendait à l'évidence que son incapacité à parler était étroitement liée à son incapacité à penser – à penser notamment du point de vue de quelqu'un d'autre. Il était impossible de communiquer avec lui, non parce qu'il mentait, mais parce qu'il s'entourait du plus efficace des mécanismes de défense contre les mots et la présence des autres et, partant, contre la réalité en tant que telle. » - Eichmann à Jérusalem, Hannah Arendt
C'est dans ces termes qu'Hannah Arendt entreprend de décrire un nouveau type de mal dans l'expérience de l'histoire humaine. Car c'est aux croisements du déclin de l'état-Nation et des droits de l'homme d'une part, de la crise de représentation politique et de l'émergence des leaders de masse d'autre part, que la banalité du mal émergea comme phénomène social radical.Un phénomènequi aura sévit dans toutes les couches de la société, nous ébranlant, à travers l'…

If there is hope, it lies in the proles

Il existe de ces personnes dont nous pouvons dire qu'elles sont formées, sculptées, construites par l'histoire et ses événements qui en parcours le chemin. Il n'est pas exagéré de dire qu'il s'agit d'une vérité dans le cas d'Éric Arthur Blair, mieux connu sous le nom de George Orwell. Il fût tour à tour un petit bourgeois sans le sou devenu sergent dans la police impériale birmane, et donc, représentant du colonialisme britannique; journaliste émérite de la condition ouvrière, des mal famés, des gens dans la dèche, des fous et des mécréants; auteur de deux romans meilleurs vendeurs dans le monde – 1984 et la ferme des animaux; essayiste socialiste démocrate ou anarchiste tory selon ses heures, critique intempestif de ses contemporains et de la littérature populaire, militant engagé et combattant durant la guerre civile d'Espagne.
C'est ainsi qu'en traçant le parcours de la vie d'Orwell l'on peut pressentir les trois grands axes qui dé…

Désirs de consumation

Désirs de consumation
Nous sommes emprisonnés dans une société de consommation qui suppose la croissance économique comme horizon indépassable. « Sans elle, la société s'effondrera », claironnent en coeur les cancres des sciences économiques. Face à ce faux dilemme de la croissance ou de l'effondrement, le "moindre mal" serait donc le statu quo; le culte de la production... et de la consommation
«Cet oubli du cosmos suppose la toute-puissance de la culture comme antinature. (...) Le soleil ne fait plus la loi quand l'électricité s'y substitue. Les paysans virgiliens s'effacent au profit des ouvriers de la terre. Le temps cyclique païen s'effondre au profit du temps qui devient de l'argent. La terre meurt et les paysans aussi : elle devient un support à produits chimiques; contraints et forcés par la religion de la productivité, ils deviennent les ouvriers de cette mise à mort. » - Cosmos, Michel Onfray
Dans « Cosmos », Onfray nous rappelle que « …

La tradition révolutionnaire et son trésor perdu

La tradition révolutionnaire et son trésor perdu Lettre aux souverainistes québécois et aux électeurs anti-libéraux qui souhaiteraient bien du changement
« ce qui permet à l'homme ordinaire, jeune ou vieux, de supporter le poids de la vie : c'est la polis,l'espace des exploits libres de l'homme et de ses paroles vivantes qui donne sa splendeur à la vie... » - Hannah Arendt, Sur la révolution
Pour Hannah Arendt, le trésor perdu de la révolution est celui de l'esprit révolutionnaire des Pères fondateurs américains. Cet esprit révolutionnaire permit, par sa vigueur et son érudition, de créer un système de conseils indépendants, apolitiques, fondés sur la liberté d'association entre individus qui, au final, mena les Pères fondateursà la conclusion logique de, tout d'abord,fonder un corps politique nouveau pour répondre aux questions de politique (l'action), ensuite,de fonder la division des pouvoirs politiques pour tenter d'éviter de sombrer dans le despo…

De quoi Cthulhu est-il la somme?

De quoi Cthulhu est-il la somme?
Alain Deneault et la mégacorporation Total au centre de la place publique
Dans son dernier livre, "De quoi Total est-elle la somme?", Alain Deneault s'est mis en tête d'écarteler la corporation Total à travers son histoire nébuleuse; de soulever le voile opaque de ses pratiques; de rendre visible ce qui a été trop longtemps ignoré et oublié. Grâce à un travail titanesque, Deneault et ses aides nous rapportent un portrait de la bête Total qui est prêt à faire vibrer d'horreur n'importe quel individu sain d'esprit. 
"De ces fantastiques entités et puissances, quelque chose a pu survivre... une puissance d'une époque infiniment lointaine où... la conscience se manifestait, peut-être, sous des formes qui se sont depuis longtemps retirées devant le flot de la marée humaine... des formes dont seules la poésie et les légendes ont capturé un souvenir fugace et les ont appelés dieux, monstres, êtres mythiques de toutes so…

Quatre métaphores lovecraftiennes

Quatre métaphores lovecraftiennes 
Le mythe de Cthulhu, c'est avant tout deux univers qui s'entrechoquent, la vie normale d'un personnage commun qui tombe nez à nez avec l'horreur de son existence; le nihilisme d'une réalité où tout est possible et rien n'est compréhensible. La folie brutale et tragique de l'univers. L'effacement de l'histoire du présent dans le vaste champs chaotique de l'infini. En des termes plus simples, il y a des éveillés et des endormis. 
Police secrète, intelligence artificielle, société panoptique, économie de l'attention, transhumanisme, surveillance généralisée, état d'urgence permanent, attentats terroristes, militarisation des états, explosion des conflits liés aux changements climatiques, aux ressources énergétiques, aux identités ou des mouvements de populations, la fuite du capital en dehors de la portée des États, l'isolation du capital et de la reproduction sociale; d'un côté la dure réalité d&…

L'esprit d'orthodoxie

L'esprit d'orthodoxie
Il ne faut pas nier que le présent débat sur la censure en milieu universitaire n'est qu'un débat aux conséquences symboliques, où une minorité d'acteurs médiatiques se renvoient la balle dans un spectacle affligeant regardé par une minorité d'électeurs, ou devrais-je dire spectateurs gavés d'insanités et noyés dans une marre de médiocrité propre à l'époque.
Ceci dit, prenons un peu de recul. Ce débat sur la censure, ce débat contre la censure et pour la liberté d'expression, comme le souligne chacun des protagonistes, à sa manière, c'est surtout un autre exemple du rejet global de l'esprit d'orthodoxie progressiste qui règne depuis plusieurs décennies. Cet esprit d'orthodoxie s'oriente autour de ce que Raphaël Liogier appelle le métarécit individuo-globaliste; l'histoire heureuse de la mondialisation et de la déconstruction de l'individu dans une multitude d'identités difformes, multiples et regro…

La petite histoire des bobos contemporains

La petite histoire des bobos contemporains
Pour les milieux populaires et réactionnaires, le terme bobo, bourgeois-bohème pour les non-initiés, est une étiquette indispensable dans cette ère "post-vérité". Indispensable parce que l'étiquette résout tout conflit éthique, morale ou politique; c'est bien connu. C'est durant l'agitation sociale des années soixante, allant du mouvement des droits civiques à mai 68, qu'a émergé le bobo moderne; mais est-ce que le bobo a changé depuis ou est-il toujours le même aujourd'hui? 
Préhistoire du bobo
À l'époque où le téléphone à roulette faisait office de média social, le bobo représentait par essence un type précis de la jeunesse désinvolte: il habitait les villes, avait une bonne éducation, exprimait un certain conformisme pour les goûts raffinés, présentait une sensibilité aux valeurs universelles de la gauche, avait à l'esprit l'exotisme des bohèmes, était tolérant, donc libéral socialement, affir…